Chroniques dans Le Temps/Introduction

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Qui n'a jamais affirmé que "les chiffres, on leur fait dire ce que l'on veut" ? Plus que jamais, la votation fédérale sur le deuxième pilier de mars 2010 a été l'occasion de brandir ce slogan à maintes reprises, face à une avalanche de données venant de tous bords. Et pourtant, c'est une bien étrange affirmation: quand un politicien est accusé de mentir, on ne prétend jamais "les mots, on leur fait dire ce qu'on veut", ou que "c'est la langue française qui est coupable". Pourquoi les chiffres seraient-ils plus pointés du doigt ?

Passons rapidement sur les chiffres complétement inventés, les purs mensonges, tels que ceux rapportés par un parti politique genevois au sujet des frontaliers, et qui avaient été promptement démontés par la presse; la plupart du temps, les problèmes sont plus subtils que cela. Mais dans tous les cas, les chiffres, vrais ou faux, restent associés à une impression de garantie: indiquez un pourcentage précis ("le taux de chômage est de 6.27%") et vous aurez tout de suite l'impression que le résultat est sérieux, quelle que soit la valeur du chiffre. A l'inverse, nombreuses sont les situations où nous nous rendons coupables de biais cognitif: face à des chiffres qui vont contre notre opinion, on commence facilement par les critiquer, et les accusations ne manquent pas: l'étude est partiale, les questions sont mal posées, l'échantillon de la population est biaisé, ou il est forcément trop petit -- et ce, souvent de mauvaise foi, car on ne connaît presque rien de l'étude concernée ! C'est un drôle de destin pour les chiffres: qu'ils soient corrects ou non, ils sont adulés quand ils sont cohérents avec notre opinion, mais on n'hésite pas à les critiquer et à les rejeter quand ils ne le sont plus. Les citations lues dans la presse sont clairs: "de toute façon, même si les chiffres étaient erronés, ça ne changerait rien au problème", ou "peu importe les chiffres, la réalité est là".

Il n'en reste pas moins que calculer des statistiques est une opération périlleuse: comment résumer en quelques chiffres des énormes ensembles de données hétérogènes, par exemple le salaire de tous les employés de Suisse, ou toutes les activités criminelles dans le pays, et ce, sans déformer la réalité ? Il n'y a pas de réponse facile, voire pas de réponse tout court. Le plus important reste, quand on "consomme" ces statistiques, de garder un regard très critique, mais qui reste de bonne foi et évite les extrêmes décrits plus haut. Plus facile à dire qu'à faire...

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